Arcs (Leder Games) – Le Compte Rendu
Après avoir expérimenté mon premier Vital Lacerda (voir mon CR ici), me voilà donc introduit à un autre grand nom du jeu de société : Cole Wehrle.
Non, je n’ai jamais joué à Root, ni à Pax Pamir ou encore John Company, je suis totalement vierge de ce genre ludique. Mais celui-ci m’aguichait depuis un petit moment. Déjà par sa direction artistique très “BD” (presque valérianesque dixit l’un de mes convives) que je trouve très réussie. Et le matériel n’est pas en reste, très intriguant de prime abord.
Une mise en bouche
On comprend que le jeu proposé ce soir ne sera que la “base” d’un jeu à campagne à venir très prochainement et permettant d’enrichir le lore de cet univers. Une originalité qui ne laisse pas indifférent, sauf pour mon pauvre porte-monnaie me tire une tronche pas possible lorsque j’ose regarder le prix de cette future “extension”. Et puis il y a l’upgrade du matériel… arf, restons de marbre face à ces propositions affriolantes. Non, ce soir on se contentera de la version standard (avec des pions en bois et des tokens en carton). On verra si l’aventure me donnera envie d’aller plus loin.
Le livre des règles est étonnamment court et accessibles. La mise en place sur la table se fait en 15 minutes, montre en main. C’est déjà un très bon point quand on voit qu’on a pu pester sur des temps de préparation horriblement longs avant de pouvoir enfin s’amuser.
Alors c'est quoi une mécanique Cole Wehrle ?
Toute la singularité du jeu réside donc dans l’approche très astucieuse d’un jeu de pli mêlé à ce que les puristes pourraient appeler un “Eurotrash”. En effet, on a bien un meneur (telle une belote) qui posera sa carte (de couleur et de valeur) et les autres joueurs n’auront pour seul choix que de “suivre” (appelé ici copie/surenchère) ou de “couper” (pivoter dans Arcs). Et non content de mener la direction du jeu, le premier joueur aura même le luxe de conditionner les points qui seront à marquer durant la manche.
Mais une fois les cartes posées, ce sont bel et bien des actions qui s’offriront à nous sur le plateau central : construire, se balader, influencer et… se foutre sur la tronche (sic).
Et là, on comprend assez vite que ça va être (volontairement) chaotique. Oui, l’espace est très loin d’être infini dans Arcs, on se sentirait presque à l’étroit. Donc des batailles, qu’on le veuille ou non, on y aura droit. Et l’aspect hasardeux est très présent. Les réfractaires du genre auront déjà des arguments pour déblatérer sur le jeu.
Les 3 salopards
Et puis c’est très “vache”, on peut y laisser des plumes très vite ! Mais là où le jeu n’est pas si punitif, c’est que l’intérêt reste toujours d’atteindre les objectifs que le meneur aura dicté. Les objectifs sont pour la plupart des majorités de ressources. Certes, le meneur pourra aussi choisir d’aspirer à capturer ou de… tuer pour être récompensé de quelques points mais là n’est pas le principal dessein de Arcs.
Comme dans n’importe quel wargame, être à trois, c’est globalement deux qui s’affrontent et un qui passe à travers les mailles. Et malheureusement pour moi, j’ai été un peu le souffre-douleur de la partie. En effectif de plus en plus réduit, en galère de cités de production, j’errais dans les confins de l’espace sans vraiment savoir comment m’en sortir.
Le sursaut puis le chaos
Je décide alors d’une stratégie un peu désespérée. On va tenter de coiffer mes adversaires sur le poteau. Me voilà donc à “mener” (une parmi de trop rares fois) la danse. J’ambitionne de déclarer un objectif qui me tend les bras et je mise les 9 points. En sachant que le jeu s’arrêtera à celui qui emporte 30 points, 1/3 sur un coup de Tarot ça se tente ! En regardant mon plateau et les cartes à ma disposition, cet objectif ne peut plus m’échapper. Mes adversaires l’auront bien compris et, par pitié ou par flemme, ils me laisseront enfin tranquille pour réaliser mon coup de génie.
C’est alors qu’arrive le dernier tour.
Un peu de contexte : le jeu permet d’influencer des cartes en apposant un petit agent meeple et tout est question de majorité pour parvenir à remporter la carte. Cette carte ne m’intéressait pas, mais elle avait la fâcheuse tendance à être dangereuse si utilisée contre moi. Alors que l’obtention des points d’objectifs était quasiment dans la poche, me voilà donc à me concentrer sur la protection de mes arrières en ne laissant personne se procurer cette fameuse carte.
"Philippe... je sais où tu te caches !"
L’action de “sécuriser” permet de revendiquer la carte. Mais la condition sine qua non est d’être majoritaire et nous étions strictement à égalité, donc pas d’inquiétude. Mais vous le sentez venir, bien sûr ça ne va pas se passer comme je l’avais prévu… j’étais sereinement affalé sur mon trône de presque-satisfait quand j’entends que mon adversaire ose s’octroyer la dite carte.
« Mais où vas-tu, malandrin ? » dis-je, à moitié scandalisé par son audace.
« Il faut être majori… »
Et en me redressant, ne vois-je pas que nous ne sommes pas trois agents contre trois, mais qu’un petit meeple a réussi à se fondre parmi ses acolytes, se cachant donc de ma vue. De là où j’étais je ne le voyais pas. Ils étaient bien quatre. Et c’était donc tout à fait légitimement que mon bourreau viendra pointer son doigt sur moi, invoquant donc l’éradication pure et simple de toutes mes économies. Ça fait mal…
L’objectif me passera donc sous le nez et à la barbe. Et le troisième larron, bien heureux de voir qu’on l’a laissé tranquillement faire son grand bonhomme de chemin sera donc seul vainqueur de la partie.
C’est un de ces moments ludiques très (TRÈS) durs à avaler sur le moment. Mais je ne suis pas homme à rage-quit ou à faire tout valdinguer. Non, je sais perdre, avec dignité, honneur, et reconnaître la loi du plus malin.
Oui, ça je sais perdre.
Bon par contre, à force de me prendre des tôles… va falloir aussi apprendre à gagner un de ces jours.
Mon ressenti
Arcs est original par son mélange de genre. Ici, pas de stratégie, il s'agit là d'un jeu à réaction. C'est bien là qu'il brille. Evitez par contre d'y jouer avec des amis, ça peut finir en boite-à-gifle ! 😅
Réponses