Speakeasy (Eagle-Gryphon Games) – Le Compte Rendu

Le nouveau jeu de Vital Lacerda pointe le bout de son nez et c’est avec beaucoup d’enthousiasme que j’ai abordé cette nouvelle session de jeu. Car oui, c’est un peu honteusement que j’avoue n’avoir jamais joué à un seul de ses jeux. Il faut dire que j’ai tellement entendu parler de l’auteur — mais aussi de l’indiscutable complexité de bon nombre de ses titres — que j’ai toujours eu une petite appréhension. Pourtant, j’aime bien quand c’est lourd et compliqué (voir mon CR sur Sweet Lands), mais là, j’avais l’impression qu’on passait clairement à l’étage au-dessus.

Speakeasy a donc été apprivoisé hier soir et on peut dire que mon premier “date” avec Lacerda aura été une très belle réussite.
Diantre… j’ai divulgâché.

Mais reprenons depuis le début.

Une première claque visuelle (et matérielle)

Le matériel est superbe. Les illustrations du non moins célèbre Ian O’Toole sont du plus bel effet et nous plongent immédiatement dans l’époque de la prohibition. J’ai eu l’honneur de jouer avec la version “Gamefoundée” du jeu, et clairement… ça envoie du pâté.

La mise en place est relativement longue. D’autant plus qu’après avoir quasiment tout préparé pour une partie à trois joueurs, l’un de nos convives n’a finalement pas pu se joindre à nous. Résultat : plateau à retourner en mode deux joueurs et TOUT reconfigurer.

Après une bonne demi-heure, nous voilà enfin plongés en plein Manhattan, et moi, écoutant religieusement les fameuses mécaniques et règles lacerdesques. Et là, surprise : rien ne m’a semblé complexe, ni imbuvable, ni même alambiqué (bon… sauf peut-être la distillerie “Hips!”). J’étais donc plutôt confiant à l’idée de développer mon commerce de whisky et d’étendre mon territoire de bars clandestins.

La mise en place de départ... ou presque.

Une montée en puissance savamment dosée

J’ai compris assez vite que le jeu allait s’accélérer au fil de la partie. Pas forcément parce qu’on allait devenir riche et puissant, mais surtout parce que le nombre d’actions diminue drastiquement, jusqu’à se retrouver avec une seule action lors du dernier tour (!).
Au final, 11 actions vont déterminer lequel des deux joueurs aura été le plus grand mafieux.

Si j’ai eu un peu de mal au départ avec l’iconographie — notamment pour distinguer les différents truands (gangsters, hommes de main, capos…) — je suis parvenu à m’y retrouver au fur et à mesure que la partie évoluait. Et plus le jeu avance, plus on se dit que c’est malin.
Tout est thématiquement parfaitement pensé. C’est vraiment du génie.

La complexité ne vient pas d’un surplus de choses à gérer, mais plutôt du “comment” : comment imbriquer tout ça correctement pour produire son alcool, attaquer les mafieux adverses, protéger ses constructions, livrer, vendre… et, à la fin, se faire un max de thunes.
On vit le truc, quoi.

Frustrant… donc exaltant

On est d’ailleurs suffisamment préparé à l’avance aux attaques de gangs et aux flics ripoux qui viendront saborder notre business. Pour autant, on est constamment tiraillé entre l’envie de s’étendre (et donc d’avoir les yeux plus gros que le ventre) et le risque de tout perdre faute de pouvoir protéger correctement ses acquis.

Encore un jeu qui montre sa qualité dans la frustration de ne pas avoir assez d’actions (argh !) — mais que c’est bon. Que c’est bien foutu, bien designé, bien dosé… bref, j’arrête avec les superlatifs, mais c’est assurément un jeu de très grande facture.

Une défaite… mais pas si humiliante

Le déroulement de la partie a été très plaisant, même si je savais pertinemment qu’en face, mon adversaire allait me laminer (comme à sa fâcheuse habitude). Et effectivement, il m’a collé un bon tiers de points en plus.
Mais en analysant le tableau final, on se rend vite compte qu’avec un peu d’entraînement, on peut décoller très fort en fin de partie, notamment grâce aux objectifs.

Un petit bémol quand même…

Allez, s’il faut chipoter, je regrette un tout petit peu la gestion de l’ordre du tour, que je trouve assez punitive. Avec si peu d’actions disponibles, en sacrifier pour ce type de mécanique me semble un chouia casse-pieds.

D’autant plus que, pour une fois, on ne se bat pas pour être premier, mais plutôt dernier, afin de réduire de moitié les dépenses d’influence nécessaires pour protéger ses bâtiments. Ajoutez à ça, l’idée saugrenue de devoir lâcher deux cartes de sa main pour finir de modifier l’ordre du tour… on le fait parce qu’il faut le faire, mais ça laisse un léger goût amer.

Le plateau en fin de partie... ou quasiment !

Le genre de détail qui fait sourire

Parmi la myriade de bonnes idées et de dispositifs subtils, j’ai aussi retenu les cartes personnages nominatives, avec leur date de naissance et de décès.
Serait-ce là de véritables personnages issus de réelles organisations criminelles ? J’ai trouvé ça particulièrement intriguant.

Verdict à chaud

Bin voilà. En sortant de cette partie, je me pose la question : est-ce que je l’achète ?
Je n’ai pas encore assez de monde autour de moi pour apprécier ce genre de jeu régulièrement. Mais j’ai promis à mon adversaire du soir de me remettre dans la peau d’Al Capone ou de Baby Face pour lui offrir une revanche.

À suivre, donc…

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